Posts tagged ‘Désert’

Alliance

Jean-Luc Billet Photographies

Tassili N’Ajjer – Sahara Sud Algérien – février 2010

« Certains lieux possèdent peut-être une conscience et ils cherchent à dire au passant le plaisir de les voir arpenter leur domaine. Nous allons à leur recherche, inlassablement. Sans doute faut-il parfois assister les dieux, les aider à resplendir lors de notre passage. Il fallait être là à ce moment précis pour que le paysage atteigne sa perfection, avec le sentiment qu’il attendait notre présence et n’était là que pour nous seul, à la manière d’un don qui n’attend rien en retour – sinon ce sentiment de paix et d’alliance. »

David Le Breton – l’invention du voyage (collectif) -

Pouzzolane

Jean-Luc Billet Photographies

Morro Atravessado – Santo Antão – Cap Vert – novembre 2017

Dans le désert de Norte, au sud-Ouest de Santo Antão. Au pied du Tope de Coroa, point culminant de l’île, s’étend une vaste zone inhabitée, mis à part quelques maigres troupeaux de chèvres et leurs bergers. Depuis les cratères secondaires qui ponctuent ce plateau s’étendent d’anciennes coulées de laves colorées où domine le brun/fauve. L’érosion a dégagé par endroits la couche de pouzzolane, une pierre ponce de couleur blanc-crème, qui recouvrit toute l’île lors d’une éruption très ancienne.

Mesa

Jean-Luc Billet Photographies

Passe de Tourvine – Adrar – Désert mauritanien – février 2006

 

« Le soleil règne. Je suis noyé dans la lumière. L’endroit où je suis assis tout seul, à cette heure-ci, est le foyer de l’univers. Entouré comme je suis par un millier de mètres carrés d’un no man’s land…. Tous les dangers semblent également lointains. Dans cet éclat d’étincelante vacuité, dans cette aride intensité de pure chaleur, au cœur d’une solitude surnaturelle, d’un grand silence et d’une grande désolation, toutes choses s’éloignent jusqu’à se trouver hors de portée, reflétant la lumière mais impossibles à toucher, annihilant toute pensée et tout ce que les hommes ont fait, pour les réduire à un spasme de poussière tourbillonnant au loin dans le désert doré. »

Edward Abbey – « désert solitaire »

Evasion

Jean-Luc Billet Photographies

Sahara Sud Algérien – Février 2010

Retour à la grisaille après un été de calme et de lumière, d’une longueur inespérée. Grisaille qui s’assombrit encore si on colle d’un peu trop près à l’actualité politique et géopolitique d’ici et d’ailleurs. Et pas de fuite possible cet hiver vers un désert proche, devenu infréquentable. Alors il reste les images,  le plaisir de retravailler sur ces photos argentiques, et de retrouver ces grands espaces de douceur, de chaleur et de lumière.

Rénovation

Jean-Luc Billet Photographies

Lemraîfig – Adrar – Mauritanie

De nombreux diaporamas de ce site comportent des photos anciennes, argentiques donc (elles sont signalées par une *), de qualité médiocre, car obtenues à partir d’un scan basique de tirages sur papier. Elles seront progressivement remplacées par de nouveaux tirages obtenus à partir d’un scan haute définition du négatif, travaillés ensuite avec les moyens du numérique. Le résultat est sans commune mesure! En cours de préparation, de nouvelles versions des images argentiques de « Mali – Pays Dogon » et « Tassili N’Ajjer » (dans la section « Ailleurs ») et un nouveau diaporama sur l’Adrar Mauritanien. (photo ci-dessus).

Jim Harrison: merci

 

Jean-Luc Billet Photographie

piste dans le Sahara

« D’habitude, la plupart d’entre nous sommes perdus dans les effluves étouffants de notre existence, ou dans les aménagements dignes d’un zoo construits autour de notre vie comme autant de protections, fabriqués par nous-mêmes ou avec l’aide diligente de la culture. Il est très difficile de savoir quand il faut se faire la malle, prendre la poudre d’escampette, se glisser entre les barreaux de la cage ou de la prison. »

Jim Harrison – En marge.

« Je parle d’un sentiment plus proche de la notion portugaise de « saudade »; une personne, un lieu ou un sentiment de la vie irrémédiablement perdu; une ombre intime qui vous accompagne partout et qui, même si vous l’oubliez le plus souvent, peut à tout moment vous déchirer le cœur; une sentimentalité obstinée ou une violente colère à l’idée que vous n’êtes pas là où vous aimeriez être; une mélancolie irrationnelle et enfantine, née de la conviction que vous vous êtes vous-même induit en erreur et dupé, en épousant un mode de vie auquel vous n’avez jamais réussi à adhérer complètement. »

Jim Harrison – En marge.

« Je retrouvai cette étrange pensée, absente depuis des années, que presque tout le monde ignore le processus de la vision, car les gens sont fascinés par la simplicité de la photographie, alors  que personne ne voit ainsi. Personne n’a une vision simultanée des choses, à moins d’y travailler d’arrache-pied. Lorsque je découvris l’œuvre de Cézanne, je fus stupéfié par la compréhension de sa vision. »

Jim Harrison – La route du retour.

Merci Jim pour tous ces récits qui nous font respirer l’air de la nature vraie et des grands espaces, qui nous prennent et nous entraînent, comme des torrents dévalant les montagnes.

Elle pleure

 

elle-pleure

« La vache qui pleure » – Sud Djanet

 

Elle se trouve à l’écart de la piste, entre l’aéroport qui semble sans cesse menacé d’ensablement, et les coulées vertes des palmiers dattiers qui épousent le cours de l’oued de Djanet (Sahara sud-algérien). Elle est là depuis des millénaires, superbement gravée en creux dans la roche, à se désoler du temps qui passe ou du paradis perdu. A se désoler du changement climatique vous dirons les Touaregs, pas le nôtre mais celui qui a transformé cette région jadis arrosée et luxuriante en désert de sable et de roc. En témoignent les peintures rupestres visibles dans le moindre abri sous roche; toutes en ocres rouges et blanc: d’élégantes silhouettes féminines, des chasseurs en mouvement, des animaux à profusion. A se désoler peut-être aussi des aléas de l’histoire récente qui perturbent régulièrement une vie qui pourrait être paisible. Entre elle et les frontières proches, les tranquilles caravanes de dromadaires ont souvent fait place à des convois plus inquiétants: ceux du GIA ou du GSPC durant la décennie noire de l’Algérie, ceux des trafics en tous genres, ceux d’AQMI depuis quelques années. Au loin passent aussi ces camions hors d’âge qui transportent d’improbables grappes d’hommes, de femmes, d’enfants parfois, prêts à affronter tous les outrages en Lybie et tous les dangers de la Méditerranée, pour tenter d’atteindre une Europe fantasmée. Périodiquement, entre deux conflits ou deux rapts de touristes, des voyageurs reviennent à Djanet durant l’hiver. Elle se console alors un peu des visites qu’ils lui font, généralement après une semaine ou deux de marche dans le Tassili N’Ajjer ou le Tadrart, les yeux et l’âme comblés par la beauté d’un monde des origines.

13 novembre 2015

 

"La vache qui pleure" détail

« La vache qui pleure » détail

Elle pleure, et elle a aujourd’hui des raisons de redoubler ses larmes, elle si proche de terrains d’actions de ceux qui ne pensent qu’à détruire, de ces artisans des ténèbres qui, alliant ignorance et cruauté, s’en prennent à la vie, à la beauté, à la joie, à l’amour, et à l’amitié entre les hommes.

15 novembre 2015