Le Jardin des Sambucs

Chroniques Estivales 3

Jean-Luc Billet Photographies

C’est dans un repli humide et tendre des Cévennes

qu’Agnès et Nicholas ont créé leur jardin.

L’eau y cascade de vasque en bassin en prenant le chemin de l’Hérault tout proche. Le végétal foisonne avec un merveilleux naturel, ponctué de créations étonnantes, entre sculpture et architecture. On y déambule en empruntant de discrets sentiers de pierres, sur lesquels plantes et constructions se penchent avec bienveillance. Chaque pas fournit un nouveau point de vue, une nouvelle surprise. Sous une main experte, des plantes connues  ou plus rares ont colonisé les espaces en totale harmonie. D’infinis cairns de galets semblent fichés dans le bleu du ciel, comme des banderilles. De viriles excroissances de pierre et de terre cuite, comme issues du sol même, accompagnent et fécondent l’exubérance végétale; elles font parfois l’offrande d’une obsidienne ou d’un pot d’argile. Une pergola colonisée par les plantes grimpantes donne envie de s’arrêter à l’ombre et de rester y méditer des heures.

Plus bas, on peut se glisser de biais entre les lèvres de matrices de gros galets, et s’installer sur les coussins colorés pour faire une pause. Alors, on attend tranquillement qu’apparaissent les nymphes qui ne manqueront pas de venir se baigner dans l’eau qui ruisselle au centre. Plus loin un cochon rose, l’air satisfait, se réjouit du spectacle de naïades alanguies sur les feuilles de nénuphar, invisibles à nos yeux. Sous les feuilles du lotus sacré, au ras de l’eau, le regard se perd dans l’émeraude d’une jungle miniature. Des coquillages et des stalactites colorées scintillent au plafond d’une grotte précieuse, ouverte aux rayons du soleil.  A proximité, d’étranges pédoncules de pierre exposent une série de diablotins en terre cuite: on a l’impression de les entendre ricaner en passant.

Plus bas encore, deux chemins des profondeurs nous proposent une toute autre émotion. Une arachnide de verre y monde la garde: elle nous projette soudain du côté de l’inquiétude, de la peur, de l’enfermement. En remontant à l’air libre, une grande respiration dans l’abondance végétale nous rassure.

Au cœur du jardin, un espace où se termine ce parcours enchanteur, ombragé de bambous et d’autres espèces exotiques, coloré de parasols. On peut y boire un hibiscus et déguster dans un décor de charme, une assiette végétarienne pleine de surprises et de saveurs.

Le parcours est frais, agréable, reposant, ressourçant, sensible, sensuel. Il ouvre l’esprit et féconde l’imagination. On se sent bien dans ce refuge édénique, à l’écart des laideurs du monde d’ici-bas. Une oasis dans le désert.

C’est dans un repli humide et tendre des Cévennes

qu’Agnès et Nicholas ont écrit le poème de leur vie.

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Exubérance Végétale

Chroniques Estivales 2

Jean-Luc Billet Photographies

Nous sommes immergés dans l’exubérance verte des Cévennes. Des étendues boisées tapissant le relief à perte de vue, des forêts profondes noyées de brumes, pleines de mystère. Même les endroits habités, hameaux et villages, ne semblent pas connaître cette frénésie de combat, quasi militaire, qui consiste à couper, tondre, tailler, élaguer, dans la plus grande partie du territoire. Tout semble ici pousser en toute liberté et occupe harmonieusement l’espace, beaucoup mieux que ne pourrais le concevoir le meilleur jardinier. Des arbres immenses jouxtent les habitations sans que cela ne semble poser le moindre problème, les glycines étalent leurs pousses en tous sens, débordant largement des murs et pergolas, les herbes et les fleurs sauvages colonisent les murs de pierre, les façades, les escaliers, sans jamais avoir connu le glyphosate.

Bref la nature suit son cours « dans ses milles variétés musicales » (Sollers), sans que personne ne songe à y « mettre de l’ordre ». A « Isis en Cévennes », les arbres plantés il y a 40 ans (nous les avons connus jeunes!) sont devenus une forêt aux multiples essences peuplée d’insectes et d’oiseaux, les arbustes n’ont jamais connu la taille, la renouée conquiert les branches mortes, les poteaux et les quelques installations pérennes, le lierre efface les murs, la vigne vierge « quinquefolia » tombe en cascade des toits et les branches protectrices se penchent au-dessus des chemins. Quel contraste avec le jardin « à la française » visité récemment en passant par le Périgord (jardin d’Eyrignac), où, sous la coupe réglée d’interventions humaines quasi-permanentes, la nature a totalement perdu son âme, un massacre, une « nature morte » en quelque sorte.

Ici, en Cévennes, la nature respire la plénitude et la communique à ceux qui y vivent… ou ne font que passer.

 

Jean-Luc Billet Photographies

 

Jean-Luc Billet Photographies

Glisser dans le vert.

Chroniques Estivales 1

Traverser le Périgord, le Rouergue, l’Aveyron, les Cévennes par les petites routes buissonnières, sans souci de kilométrage ou de temps « optimisé »… Nous sommes en juin, la végétation est au sommet de sa fraîcheur et de son épanouissement après un printemps généreux en pluies. Le ciel nous gratifie d’une lumière radieuse à toute heure du jour, de matinées et de soirées étincelantes. Toutes ces petites routes sont quasi-désertes et s’insinuent dans une végétation d’un vert intense, d’herbes foisonnantes qui n’ont pas encore connu le fauchage, de buissons et d’arbres qui se rejoignent pour former un tunnel protecteur, ne laissant passer que ce qu’il faut de lumière pour conserver la fraîcheur. A l’occasion, une ouverture permet au regard de s’échapper vers une prairie où mûrit le foin, vers un étagement de chênes verts qui escaladent un versant. On s’enfonce avec plaisir dans ces perspectives incurvées, qui se contractent dans les reliefs et se détendent à l’approche des vallées et des plateaux. Une crête permet d’étendre son regard vers ce moutonnement végétal  qui semble infini, sans la fausse note d’une construction humaine. De temps à autre, un hameau hors du temps, une ferme à échelle humaine, un village lové dans la courbe d’une rivière, avec son pont et son château médiéval, idéalement placés dans la composition.

Lorsqu’on pense à la surpopulation de nos villes, à l’accumulation estivale de notre littoral, c’est un réel soulagement de rouler des heures sans apercevoir la moindre zone commerciale ou industrielle. Pour un temps, pour un temps seulement, on a l’impression d’échapper à l’artificiel et à l’inutile des modes de vie que l’on voudrait nous imposer. On se sent libéré d’un système qui tente par tous les moyens d’assécher nos aspirations profondes pour y substituer ce qui avantagera ses profits.

Serpenter dans ce vert, c’est avoir soudain l’impression de renouer avec notre nature essentielle, de recoudre le tissu déchiré du réel, d’effacer les mensonges auxquels on se laisserait facilement prendre. En se mettant en phase avec cette nature modelée par l’homme au fil du temps, on a l’impression de se retrouver là où on doit être, à des lieues de la surinformation, de la publicité omniprésente, de la prolifération exponentielle des produits de consommation, des réseaux sociaux.

Avant l’accélération imbécile et dangereuse du siècle.

Chimères

Une nouvelle page (provisoire peut-être) qui rassemble des images « hybrides » donnant la part belle à l’évasion, à la rêverie, à l’imaginaire. Les matériaux de ces images « fabriquées » sont principalement photographiques mais on y trouve aussi des emprunts à des œuvres plus anciennes de dessin, peinture ou sculpture. Sous chaque album, un texte précise les intentions et sources d’inspiration.

 

Jean-Luc Billet Photographies

« … là où commence le ciel. »

Nil – Mali

Jean-Luc Billet Photographies

Retour sur deux séries: « Mali/Pays Dogon » et « Nil », pour quelques nouveaux tirages (ou retirages éventuels). C’est toujours un peu étrange d’essayer d’exprimer au mieux par l’image l’esprit de ces lieux parcourus, il n’y a pas si longtemps, en toute quiétude. Depuis, l’ambiance a radicalement changé, les aléas conjugués de la géopolitique et de la pandémie tiennent les voyageurs à distance.

Une pensée particulière pour l’accueil reçu dans les villages de la falaise de Bandiagara, pour les guides et muletiers qui, grâce aux revenus d’un tourisme équitable et responsable naissant, pouvaient faire vivre des familles entières, et renoncer ainsi à l’appel des sirènes de l’Europe.

Jean-Luc Billet Photographies

Terra Incognita / Horizons

Jean-Luc Billet Photographies

 

« Dans les plis obscurs de ma conscience, jusqu’aux replis secrets de l’enfance,

se cachent des contrées lointaines, des paysages inviolés, des refuges de liberté…. »

Une nouvelle série qui laisse une large part à l’imaginaire.

Publication en Novembre sur AL et ensuite sur ce site.