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La mer, enfin!

Jean-Luc Billet Photographies

Les petits avions de tourisme, aux moteurs assourdissants et tapageuses bannières publicitaires, ne viennent plus polluer la quiétude  les lieux. Les bateaux à moteurs sont rentrés au port où ils vont passer tout l’hiver.  Les jet-skis vrombissants ne viennent plus rayer la pureté du flux. Les employés municipaux ont fait des heures supplémentaires pour débarrasser la pinède de ses plastiques, cartons de bière et bouteilles de vodka. Ce qu’il reste de dune après les tempêtes passées, ne sera pas effondrée davantage par des visiteurs indélicats.

La colonie de goélands a retrouvé son banc de sable, les mouettes osent à nouveau se poser sur la plage, et les chevaliers-gambettes ont repris leur course mécanique et précipitée sur les bordures d’écume (mais où étaient-ils passés durant ces deux mois?). En quelques marées, l’immense étendue de sable, sculptée d’ondulations, a retrouvé son aspect inviolé. L’eau est à nouveau pure et cristalline, débarrassée de son film d’huile solaire et des algues arrachées aux rochers à marée basse.

Deux naïades se jouent en riant de la fraîcheur de l’eau et des vagues qui les bousculent. Leur élégance et leurs rires font oublier la promiscuité vulgaire des chairs huileuses qui hier cachaient le sable. Une silhouette, debout sur son paddle poursuit son rêve contemplatif au rythme de sa rame. Sur l’estuaire, deux kytesurfs rouge et jaune épinglent leurs arabesques sur le bleu roi du ciel. Une petite brise tiède s’est levée. C’est le moment de s’immerger et d’accueillir les vagues.

Septembre: la mer, enfin!… La mer retrouvée!

Caminhos

Jean-Luc Billet Photographies

Littoral nord de Santo Antão – Cap Vert – novembre 2017

Le réseau de sentiers qui irrigue l’île de Santo Antão est un véritable chef-d’œuvre, que l’on peut rapprocher des levadas de Madère. Vu la complexité du relief et les dénivelés importants, il représente un travail titanesque. Des générations d’esclaves y ont probablement laissé leur sueur et, pour certains, leur vie à l’époque de la colonisation portugaise. Encore aujourd’hui, les routes que peuvent emprunter les quelques véhicules sont rares et ces sentiers restent le seul moyen d’accès à certains villages, habitations isolées et cultures. Les terrasses cultivées vont parfois se nicher à des hauteurs improbables et seuls les ânes et les mules peuvent venir en aide aux hommes pour les exploiter. Le fond des cirques qui ferment les vallées ressemble souvent à un mur de 1000 m de haut, apparemment infranchissable. Et pourtant on y trouve un sentier confortable et impeccablement dallé qui s’insinue dans les failles, passe de vire en vire, escalade des pitons rocheux et propose au marcheur un parcours aérien. Longeant la côte au nord de l’île, un sentier large, souvent bordé d’un mur de pierres sèches, épouse les méandres des falaises, se faufile dans le fond d’un canyon saturé d’embruns (photo ci-dessus) pour croiser la trace d’une cascade à sec, puis remonte par des vires vertigineuses pour laisser le regard plonger à la verticale vers les vagues atlantiques.

Sables noirs

Jean-Luc Billet Photographies

Boca de Alto Mira – côte nord de Santo Antão – Cap Vert – Novembre 2017

« Il ne reste plus qu’un village après Corvo, de guingois sur la muraille, puis, la présence humaine s’efface. Le promeneur solitaire chemine avec ses fantômes. Les pluies, le vent, la mer, comme des vautours, ont déchiqueté la carcasse des masses basaltiques abandonnant des sculptures d’idoles, des figures de monarques païens, des faces de lutteurs impavides ou de dieux grimaçants selon Goya. Une ambiance d’Atlantide après le cataclysme. La corniche pavée grimpe et vire, se perd dans des défilés au niveau des sables, remonte caracoler près de la cime de pyramides dont les vagues sapent la base. Un hameau déserté dans une vallée brûlée, Aragna, renforce la toile de la mélancolie. Nous repérons le port de Cruzinhas après des heures d’irréalité capiteuse… »

Jean-Yves Loude – Cap Vert, notes atlantiques.

Et de ce chemin encastré dans les falaises,

un point de vue plongeant sur les vagues atlantiques.

Flux et reflux d’écumes blanches sur fond de sable noir.

(Une autre photo dans le diaporama d’accueil).

L’île-Montagne

Jean-Luc Billet Photographies

São Nicolau vue de Santo Antão – Cap Vert – Novembre 2017

Une île vue d’un sommet d’une autre île. Les deux font partie d’un chapelet volcanique émergé de l’océan au milieu de l’Atlantique, l’archipel du Cap Vert. Parmi elles, Santo Antão, une île-montagne qui culmine à près de 2000m et consent à livrer au marcheur qui sait prendre son temps, les splendeurs de ses replis secrets. Un plateau désertique où l’on peut louvoyer entre les cratères et les cônes des volcans; des canyons colorés qui semblent vierges de toute occupation; des vallées profondes où le moindre espace disponible est cultivé, transformé par ses habitants en jardin d’Eden; et surtout des chemins improbables qui s’accrochent aux pitons, s’installent en vire dans les falaises et montent à l’assaut des murailles qui ferment les vallées. Un régal pour le photographe épris de la beauté des paysages et qui aime varier les points de vue. Une série en préparation qui sera publiée plus tard dans la rubrique « Ailleurs ».