Lumière d’hiver

Jean-Luc Billet Photographies

Barrage du Tech – Val d’Azun – Pyrénées – 25 décembre 2018

Les neiges n’étincellent que sur les plus hauts sommets. Sur les versants, habituellement de toute blancheur en cette saison, les résineux font contraster leurs silhouettes sombres avec les fines découpes des feuillus qui dominent. Le tout mis en lumière par un soleil généreux. On aurait tendance à s’en réjouir, avoir l’impression de ralentir le temps avec ce retour à un automne chaleureux. Mais tout le monde sait qu’il faudrait plutôt s’en désoler!…

Erosion

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Pico Ruivo – Madère – Portugal

Du sentier menant au sommet du Pico Ruivo (point culminant de l’île de Madère), dans une zone dévastée par un incendie l’année précédente. Sur ces pentes, une érosion intense a ensuite mis à nu tout le système racinaire de cette forêt, lui donnant un aspect inédit.

Publié dans le N°322 de Réponses Photo (Janvier 2019)

Rumeur de mer

Jean-Luc Billet Photographies

Le soir, au moment où le soleil disparaît, j’ai marché sur le fil entre deux mondes: le terrestre, en apparence fixe, stable et silencieux, et le marin, mouvant et sonore. Sur cette frontière fluctuante, j’ai observé et écouté leur incessante friction. Tout en faisant ces prises de vues, J’ai entendu les crocs des schistes déchirer les vagues infatigables, le bruissement soyeux de l’écume nappant la plage, le rythme du flux polissant les galets, la puissance des courants s’immisçant entre les rochers. A l’écoute de « cette voix profonde, qui pleure toujours, et qui toujours gronde » (V. Hugo).

« Rumeur de Mer »,une série en cours, à paraître dans « LITTORAL ».

 

Ossau

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Lac Bersau – Vallée d’Ossau – septembre 2018

Tout autour du Pic du Midi d’Ossau, myriade de lacs miroirs.

Le regard s’inverse, plonge en altitude et se perd en surface,

au fil des algues iridescentes…

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Lac d’Arrémoulit – Vallée d’Ossau – septembre 2018

La crête

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La crête du M’Goun – Atlas – Maroc – Juillet 2013

« Le vent nous a accompagné durant les 5 heures de l’ascension débutée de nuit. Un vent violent qui fatigue, déstabilise, coupe la respiration en s’engouffrant dans le nez et la bouche. Un vent qui semble vouloir nous décourager d’atteindre les hauteurs en rendant encore plus pénible la pente soutenue. Aussi, l’arrivée sur le seuil des 4000 m  d’altitude est un soulagement. Sur la crête, le relief se fait soudain beaucoup plus doux et le vent moins contraire. Le soleil commence à s’élever et souligne avec dureté le relief rocheux mais estompe les seconds plans. A nos pieds, des fleuves de pierres, immobiles pour nos yeux humains, coulent dans des abîmes aux allures d’abysses.  A droite les cirques inviolés, les pierriers immenses, les falaises, se succèdent. A gauche les contreforts se parent de couleurs improbables sous la lumière rasante. Dans toutes les directions le regard se perd dans des infinis minéraux. Nous marchons sur le dos de la montagne, sur la structure même du globe terrestre, mis à nu. Le sentiment d’être si loin des contingences terrestres et si près de la vérité. L’impression de planer! » (juillet 2013)

Retour en noir et blanc sur les photos d’un parcours tiré essentiellement en couleurs à l’origine. Mais surtout un prétexte pour raviver les souvenirs de cet itinéraire hors du monde et hors du temps. A paraître dans la rubrique « Ailleurs ». (octobre 2018)

La mer, enfin!

Jean-Luc Billet Photographies

Les petits avions de tourisme, aux moteurs assourdissants et tapageuses bannières publicitaires, ne viennent plus polluer la quiétude  les lieux. Les bateaux à moteurs sont rentrés au port où ils vont passer tout l’hiver.  Les jet-skis vrombissants ne viennent plus rayer la pureté du flux. Les employés municipaux ont fait des heures supplémentaires pour débarrasser la pinède de ses plastiques, cartons de bière et bouteilles de vodka. Ce qu’il reste de dune après les tempêtes passées, ne sera pas effondrée davantage par des visiteurs indélicats.

La colonie de goélands a retrouvé son banc de sable, les mouettes osent à nouveau se poser sur la plage, et les chevaliers-gambettes ont repris leur course mécanique et précipitée sur les bordures d’écume (mais où étaient-ils passés durant ces deux mois?). En quelques marées, l’immense étendue de sable, sculptée d’ondulations, a retrouvé son aspect inviolé. L’eau est à nouveau pure et cristalline, débarrassée de son film d’huile solaire et des algues arrachées aux rochers à marée basse.

Deux naïades se jouent en riant de la fraîcheur de l’eau et des vagues qui les bousculent. Leur élégance et leurs rires font oublier la promiscuité vulgaire des chairs huileuses qui hier cachaient le sable. Une silhouette, debout sur son paddle poursuit son rêve contemplatif au rythme de sa rame. Sur l’estuaire, deux kytesurfs rouge et jaune épinglent leurs arabesques sur le bleu roi du ciel. Une petite brise tiède s’est levée. C’est le moment de s’immerger et d’accueillir les vagues.

Septembre: la mer, enfin!… La mer retrouvée!

Aire

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Agüero – Aragon – juin 2018

Crépuscule au pied des « mallos » d’Agüero.

Prairie sertie de lueurs du couchant.

Comme l’aire d’envol de nos rêves…

Pose longue

Jean-Luc Billet Photographies

Le Porteau – Château d’Olonne – Juillet 2018

Le soir c’est mieux! Quand on commence à respirer après une journée de canicule, comme en ce mois d’août, c’est parfait! L’appareil photo est déjà fixé au pied, très lourd, et la télécommande est dans la poche. Reste à choisir un petit segment de la côte proche, de préférence à marée haute, sauf pour certains motifs repérés à l’avance qui nécessitent une autre amplitude. Le temps de choisir un premier sujet et de chercher le meilleur point de vue, le soleil vient de disparaître. Les prises de vue peuvent commencer avec des poses d’une petite poignée de secondes. Au fil du temps et des déplacements, la lumière diminue très vite et on arrive en peu de temps à des poses de 30 secondes. Et même si parfois la récolte est médiocre (ça arrive), on a toujours passé un excellent moment au bord de l’Atlantique. Mais pourquoi la pose longue est-elle toujours aussi séduisante  (au point que certains photographes en font leur unique mode d’expression)? Est-ce pour cette capacité que possède l’appareil photo de rendre visible le temps à travers les fluides, et que notre oeil n’a pas?  Où sommes-nous à ce point avides de douceur?

Erosion

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Valdeciervos – Teruel – Aragon – Juin 2018

Tout autour de Teruel (Aragon), les ocres rouges de la terre s’opposent au vert de la végétation et au bleu du ciel, comme adoucis par cette concurrence. Ils s’exposent au regard en falaises audacieuses, en versants ravinés, en tumulus/forteresses, en simples champs cultivés parfois. Dans la ville on retrouve ces mêmes ocres sur les façades des habitations, les églises et palais mudéjars. Tout près de la sortie sud, c’est une véritable symphonie qui se joue dans le « Valdeciervos » ou au pied de « Las Muelas ». Aucune publicité ne cherche à promouvoir ce spectacle fabuleux, aucune indication n’y conduit! Pour le découvrir et s’en délecter il faut simplement partir à pied avec une carte IGN et de l’eau, et tracer son chemin dans le paysage qui requiert en tous sens l’œil du photographe.

La Brèche

Jean-Luc Billet Photographies

La brèche de Roland – Pyrénées – 2004

Tout photographe a parfois la surprise de découvrir dans certaines de ses images, des choses ou des personnes qu’il n’avait pas vues en déclenchant. Surprise de taille (et enchantement !) pour cette photo prise en 2004, jamais tirée en argentique car le négatif était abîmé et de médiocre qualité, et qui faisait partie d’un lot récemment scanné en HD, en vue de retirage numérique. Aucun souvenir d’avoir VU la Brèche de Roland comme ici! Avec ce masque primitif au centre, surmonté d’une flamme minérale! Sous sa garde, la brèche prend des allures de porte d’entrée d’un territoire sacré et enchanté, qu’il est en réalité puisqu’il contient des merveilles nommées Monte Perdido, Ordesa, Anisclo, Pineta etc… En faisant une recherche d’image sur ce lieu, jamais je n’ai retrouvé cette figure hiératique; sans doute une conjonction improbable entre un point de vue, un moment de la journée, une lumière. Magie de la photographie.