Glisser dans le vert.

Chroniques Estivales 1

Traverser le Périgord, le Rouergue, l’Aveyron, les Cévennes par les petites routes buissonnières, sans souci de kilométrage ou de temps « optimisé »… Nous sommes en juin, la végétation est au sommet de sa fraîcheur et de son épanouissement après un printemps généreux en pluies. Le ciel nous gratifie d’une lumière radieuse à toute heure du jour, de matinées et de soirées étincelantes. Toutes ces petites routes sont quasi-désertes et s’insinuent dans une végétation d’un vert intense, d’herbes foisonnantes qui n’ont pas encore connu le fauchage, de buissons et d’arbres qui se rejoignent pour former un tunnel protecteur, ne laissant passer que ce qu’il faut de lumière pour conserver la fraîcheur. A l’occasion, une ouverture permet au regard de s’échapper vers une prairie où mûrit le foin, vers un étagement de chênes verts qui escaladent un versant. On s’enfonce avec plaisir dans ces perspectives incurvées, qui se contractent dans les reliefs et se détendent à l’approche des vallées et des plateaux. Une crête permet d’étendre son regard vers ce moutonnement végétal  qui semble infini, sans la fausse note d’une construction humaine. De temps à autre, un hameau hors du temps, une ferme à échelle humaine, un village lové dans la courbe d’une rivière, avec son pont et son château médiéval, idéalement placés dans la composition.

Lorsqu’on pense à la surpopulation de nos villes, à l’accumulation estivale de notre littoral, c’est un réel soulagement de rouler des heures sans apercevoir la moindre zone commerciale ou industrielle. Pour un temps, pour un temps seulement, on a l’impression d’échapper à l’artificiel et à l’inutile des modes de vie que l’on voudrait nous imposer. On se sent libéré d’un système qui tente par tous les moyens d’assécher nos aspirations profondes pour y substituer ce qui avantagera ses profits.

Serpenter dans ce vert, c’est avoir soudain l’impression de renouer avec notre nature essentielle, de recoudre le tissu déchiré du réel, d’effacer les mensonges auxquels on se laisserait facilement prendre. En se mettant en phase avec cette nature modelée par l’homme au fil du temps, on a l’impression de se retrouver là où on doit être, à des lieues de la surinformation, de la publicité omniprésente, de la prolifération exponentielle des produits de consommation, des réseaux sociaux.

Avant l’accélération imbécile et dangereuse du siècle.

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